Drifter, de Ivan Brandon et Nick Klein

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Bon alors là honnêtement, je ne sais pas trop où ça va m’emmener, mais j’aime cette ambiance particulière que le sieur Ivan Brandon a su poser dès les premières pages de son Drifter, sorti en France chez Glénat. J’accroche également au graphisme de Nick Klein, qui me fait parfois penser aux Métabarons, mais juste parfois hein!

Drifter, c’est l’histoire, apparemment, d’un pilote qui se crash sur une planète et qui s’appelle Abram Pollux. A peine débarqué, il est attaqué et revient à lui dans un village ambiance far west, où il commence à … Faire des choses. Je dirai bien qu’à partir de là, j’ai retrouvé les sensations que j’avais devant les épisodes de Twin peaks, mais il y avait une ligne directrice dans cette série, ce qui apparemment n’est pas le cas dans Drifter. Cela étant, j’aime qu’un auteur prenne le temps de poser son univers, et surtout de développer des personnages qui sont ici plutôt intéressants. Mais du coup, le rôle de héros devient secondaire, et nous avons plutôt des portraits de gens tous un peu barrés, il faut l’avouer, dans un environnement far-alien-west.

En fait, même si je ne sais pas trop où ça va déboucher, je vais continuer ce comic book bien intriguant, avec pas mal d’idées pour des aventures décalées et des personnages secondaires bien consistant. A découvrir donc, Drifter, chez Glénat!

Heavy Gear!

Vingt ans et trois éditions plus tard, Heavy Gear, de la maison d’édition canadienne Dream Pod 9 est toujours là, avec il faut bien l’avouer, bien plus d’afficionados de sa version wargame avec figurines, qui est vraiment géniale, c’est vrai. Mais Heavy Gear, c’est aussi un jeu de rôles futuriste, dans la lignée de Battletech, avec des humains répétant décidemment toujours les mêmes erreurs! Bon, la trame est hyper-classique; L’action se déroule sur Terra Nova… Non, pas de dinosaures dans le coin, mais pleins de colonels bourrins, ça oui! Des conglomérats sont venu coloniser la planète lointaine et se sont retrouvés isolés après une lente déliquescence des infrastructures terriennes. Trois siècles s’écoulent, des alliances naissent, des guerres pour les ressources éclatent, puis les Terriens reviennent, réclamant bien entendu la colonie trop longtemps isolée. Mettant de côté leurs dissensions, les habitants de Terra Nova repoussent l’envahisseurs, pourtant technologiquement plus avancé. Ce n’est qu’un répit, et la situation devient très vite plus complexe, avec des alliances secrètes, des intrigues politiques entre factions officiellement alliées, des extraplanétaires cherchant à poser le pied sur ce monde riche en ressources. Voilà pour la toile de fond.

En fait, je ne sais pas trop à quoi c’est dû, mais les jeux Dream Pod 9, plutôt orientés bourrinage et gros massacres, ont toujours un petit truc permettant de les distinguer des trop nombreux mauvais jeux, tout du moins des jeux ennuyeux. Heavy Gear ne déroge pas à cette constatation; En vingt ans, comme son aîné Battletech, la trame historique a eu le temps de se densifier, avec des batailles mémorables et des coups pas trop glop entre ligues de Terra Nova. Oui, il y a beaucoup de catalogues faisant des inventaires d’armes et de véhicules, et peu de joueurs ont envie d’incarner un fermier des Badlands. Mais il se dégage vraiment un gros potentiel de cette masse de données, les livres sont très bien organisés, ils sont nombreux et toujours utiles, sans fioritures et permettent au mj de bien cibler la région où il veut faire évoluer son groupe. En sachant que comme pour ses autres gammes, Dream Pod 9 a pensé à décrire toutes les zones chaudes de Terra Nova, mais également d’autres planètes, ainsi que chacune des organisations connues. Comme d’habitude donc, un travail énorme.

Les descriptifs peuvent sembler froids et didactiques, avec une mise en pages un peu austère il est vrai, mais pour les mj désireux de disposer d’un univers vraiment carré, orienté action mais pas que, Heavy Gear est vraiment à découvrir, c’est un jeu à fort potentiel, injustement délaissé par les amateurs de sf.

Côté système, c’est le générique Silhouette de DP9, publié en un manuel bleu bien dense et abordant suscintement les différents setting de l’éditeur. On lance quelques d6, on ajoute quelques bonus, et ça roule. Très simple à prendre en mains, ce n’est pas le plus simulationniste, mais il permet de ne pas trop se prendre la tête avec un corpus de règles trop dense. Autre bon point, le Player’s handbook pour Heavy Gear ne contient donc que du background, ce qui fait plaisir!

Mars, une série-docu qui le fait bien!

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La mini-série en six épisodes de chez National geographic channel frappe fort! Dans le genre hard sf, c’est à dire sans vaisseaux spatiaux passant leur temps à se pfiou-pfiouter tout du long, voilà une histoire « réaliste » de la conquête martienne. Nous sommes en 2033, c’est à dire demain, et les nations se sont enfin entendues entre elles pour mettre leurs ressources spatiales en commun, appuyant un consortium privé en charge d’envoyer la crème de la crème des humains établir un premier camp de base sur Mars… Fastoche! D’autant plus que l’on a déjà vu Matt Damon en revenir avec une couverture en alu et un peu de scotch… Oui mais en fait non. Aucun alien impliqué, aucun psychopathe à bord ou vaisseau ayant séjourné en enfer, juste les conditions un peu rigoureuses sur la planète rouge, et cela suffit pour nous plonger dans une série très intéressante, mêlant fiction futuriste – mais pas trop – et documentaire sur nos possibilités actuelles.

C’est très bien fichu! J’aurais bien aimé une série entièrement scénarisée, mais le côté mi-documentaire (mimolette… ah elle passe partout cette blague fromagère!) renforce finalement le message positif du côté fiction. Pensez donc; Toutes les nations, c’est à dire tous nos politiciens, je vous le rappelle, unis autour d’un projet commun, de grande ampleur, coûteux à l’extrême, et sans retour sur investissement avant un temps indéfini… Oui, quand nous regardons la réalité, cela fait pleurer de désespoir. De grands scientifiques sont interviewés, des ingénieurs de la NASA ou de SpaceX, ainsi que le très médiatique Elon Musk, qui nous parle – façon américano larmoyante – des enjeux pour l’Humanité (oui bon, il va s’en mettre pleins les pockets, mais ça n’empêche pas le rêve). Les acteurs et actrices font le job, j’ai retrouvé un Olivier Martinez convaincant en milliardaire philanthrope elon-muskien, et l’équipage martien nous offre une vision probable de ce qu’il sera en cas de mission habitée; Aucun hystérique, rien que des gens intelligents, prêts au sacrifice et disposant d’un soutien technique conséquent. Bon point pour les design des véhicules et équipements, et les décors, tournés au Maroc, donnent le vertige. En clair, c’est une très bonne petite série-docu, avec de gros moyens bien employés, et qui apporte du rêve!

L’affaire Charles Dexter Ward, HP Lovecraft

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Oui je sais les velus, c’est également la cover d’un vieil album de Sepultura!

Bon, l’Affaire Charles Dexter Ward, par ce petit plaisantin de Howard-Philip! Voilà sans nul doute la première oeuvre que j’ai pu lire du monsieur, autre que les nouvelles déjà bien horrifiques qu’il écrivait dans Weird tales. Ce bouquin, je le relis régulièrement car c’est pour moi un modèle du genre, le genre épouvante glaçante, sans gros monstre qui détruit tout, mais dont les mots donnent des frissons tout partout.

Pour du Lovecraft, c’est très classique, avec le jeune notable innocent qui se découvre un ancêtre charismatique et un peu adorateur de Yog-Sothoth, ancêtre qui revient (ils reviennent tous, certains le disent, même) et recommence à faire de vilaines choses. Paraît-il que ce bon vieux Howard Philip n’était pas satisfait par cet écrit, le monsieur est exigeant! Avec ce récit par un tiers et de réguliers aller-retour vers un passé local mais teinté de sombre, nous retrouvons ici tous les mécanismes classiques de l’horreur, avec des on-dit et des journaux d’époque tout jaunis. Pour nous autres, habitués aux séries adaptées de Stephen King par exemple, les ressorts peuvent paraître grossiers, même sans les références historiques et géographiques, l’intrigue se dénoue en quelques paragraphes, on pense rapidement au Portrait de Dorian Gray et à Dracula (non, pas à celui incarné par Eddie Murphy)… Eh bien évidemment, même avec toute cette connaissance, on se laisse prendre par ce récit du maître du genre. On suit la lente déchéance de ce pauvre Charles Dexter Ward, on voit les protagonistes s’agiter, comme de sympathiques investigateurs bien partit pour foirer leur enquête, et même si tout le bazar se termine plutôt mal, il y a une note, légère, d’optimisme, oui enfin c’est très fugace, mais quand même!

Il y a même un petit clin d’oeil à Randolph Carter, héros lovecraftien de la Quête onirique de Kadath, mon grand favoris dans l’oeuvre de HP Lovecraft! Bref, voilà une oeuvre idéale pour entrer dans l’univers un poil glauque et gloomy de ce bon monsieur!

The young pope

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Oh la bonne surprise! Voilà une série dont la saison 1 se termine après 10 épisodes, c’est produit par une collaboration entre HBO, Canal+ et Sky, écrit et réalisé par Paolo Sorrentino, qui nous pondra une saison 2 en… 2018  – Moi je pense qu’il y a quelqu’un de sadique chez HBO, pour nous mettre des délais pareils!!!

The young pope, c’est quoi donc? Eh bien nous avons un Jude Law très en forme qui incarne le pape Pie XIII, un souverain pontife imaginaire, jeune et que les cardinaux qui l’ont élus pensaient docile, mais qui se révèle terriblement conservateur et voir un retour de l’église vers une austérité qui ne plaît pas à grand monde. Refusant de se montrer en public, s’opposant à l’avortement et aux prêtres homosexuels, il nous apparaît dans un premier temps un poil réac, et les complots se montent rapidement contre lui, tandis que les fidèles délaissés abandonnent leur foi. Mais attention, créer un personnage repoussoir et central serait trop simple! Paolo Sorrentino nous offre avec ce jeune pape un être complexe, plein de doutes mais surtout empreint d’une profonde et sincère humanité. Les seconds couteaux qui le suivent depuis toujours disent tout au long des épisodes qu’il est un saint, et on comprend finalement pourquoi. Comme dans toute série de qualité, ce sont les seconds rôles qui portent l’ensemble du bazar. Ici, rien de moins que Diane Keaton et Silvio Orlando, qui dans un truc bas de gamme genre série de CW serait « le méchant », mais ici, nous avons un autre personnage incroyablement interprété, tout en finesse et en humour noir.

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La série nous montre l’envers du Vatican, avec les intrigues et factions que nous commençons à connaître à travers d’autres séries plus historiques, aucune surprise de ce côté-ci, ni non plus du côté de ce faste indécent qui colle mal avec le slogan officiel d’aider les pauvres. Mais Paolo Sorrentino se concentre plutôt sur le destin d’un homme, et de son charisme qui rayonne autour de lui, à tel point que ses adversaires s’inclinent même en sachant qu’il a tort. L’enjeux principal de la série reste la quête d’équilibre et de paix intérieure de ce jeune pape, qui dit à ses intimes ne pas croire en dieu, mais qui nous fait comprendre qu’il est également un peu provoc. Mention spéciale pour une Cécile de France qui nous fait du Cécile de France, ce qui ici dans le contexte, soutien tout un ensemble d’émotions et de dynamiques amenant de profonds changements dans le rythme de la série.

J’ai vraiment été touché par l’interprétation de Jude Law, ce n’était pas gagné, car dans les deux premiers épisodes, il a l’air de vouloir faire le cabotin, malgré les idées extrêmes de son personnage. Finalement très rapidement, on comprend ses motivations et arguments, on le voit évoluer, au contact des autres, et lorsqu’il s’ouvre finalement, eh bien j’ai trouvé ça vraiment touchant, avec la larmichette oui! Très bonne série donc, que je vous recommande chaudement!

Before the dawn, Kate bush

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Aaaaaargh! Voilà un concert que j’aurai bien aimé aller voir! C’était à Londre, à l’Hammersmith Apollo et c’était donc le grand retour sur scène de Kate Bush (mon fantasme de quand j’étais tout jeunot)… Enfin, quand je dis que c’était un concert, le truc faisait trois heures, avec un répertoire imposant et bien entendu impeccablement interprété, mais c’était également tout un show avec une succession de scénettes oniro-chauchemardesques, des marionnettes et des masques flippant.

Je m’écoute actuellement l’album live qui vient donc de sortir et j’y retrouve tous les grands classiques de cette immense artiste british, avec quelques très bons musicos et choristes pour l’assister dans le tissage de ce spectacle. Il faut se rappeler que, si Kate Bush a toujours produit des albums, elle a renoncée à toute vie publique depuis trente cinq ans, pour se consacrer à son art. On la retrouve donc au top, dans de nombreuses réinterprétations de ses titres, comme le superbe Running at the hill, King of the mountain ou Hounds of love… ça fait du bien un peu de magie musicale des seventies! Un dvd du show est disponible, je vais vite aller le chercher pour découvrir en images ce que cette très grande artiste nous a concoctée!

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Misplaced childhood

Oh oui je sais, ce n’est pas le dernier album du moment, le machin top branchouille, le truc trop mortel, non, Misplaced childhood, c’est bien un vieil album de l’excellent groupe Marillion, datant de 1985. En fait ce fut ma première k7 (une technologie que toi, le jeune, tu ne peux même concevoir) de ce groupe, et ce fut un coup de coeur éternel, oui, rien que ça!

Sortit après Fugazi – une référence pour qui aime Marillion, et la bonne musique en générale – Misplaced childhood est en fait plutôt étonnant car en partant du thème de l’enfance pris avec un angle mélancolique et un peu gloomy, l’album m’a toujours semblé à part dans la vaste discographie du groupe. La première fois que je l’ai écouté, c’était une surprise de découvrir un enchaînement sans interruption de titres, sans blancs entre eux, comme si l’album ne comptait qu’un titre de quarante minutes… Oui, ça peut paraître long, mais là non pas du tout, déjà car c’est Marillion, et donc ce n’est jamais long, et puis parce que même si à l’époque je n’étais pas le superbe bilingue de maintenant, je comprenais que Fish, le chanteur de l’époque, me racontait une belle histoire, un poil triste il faut le reconnaître, mais tout de même, une belle histoire avec des morceaux de médiéval fantastique dedans. Marillion est en effet un tronquage de Silmarillion, le bouquin du Môssieur.

Outre le côté sentimental, car mes parents me l’avait offert en même temps qu’une pile de récits complets Marvel et autres éditions Lug, dans ma bouquinerie de l’époque, cet album reste encore parmi ceux que je peux écouter sans jamais me lasser. J’avoue que je préfère nettement la période Steve Hoggart, et plus particulièrement ce que le groupe fait depuis qu’il est en autofinancement, depuis 1997, et donc totalement indépendant. Mais Misplaced childhood est pour moi un album vraiment marquant, plein de nappes de synthés et d’envolées de guitares classieuses, un style qui perdure malgré tout dans le genre néo-prog, sans toutefois (en toute objectivité bien entendu) trouver son égal.